L'anorexie

 

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 L'anorexie: ascèse dans l'euphorie du jeûne

 

  Historique  

 

L'anorexie a existé depuis les temps les plus anciens de civilisation. Le refus d'aliments et, à tout le moins, une très grande frugalité avec en particulier l'abstinence de toute viande, fut pratiqué par les élites dans différents pays: en Inde par les poètes védiques, puis plus tard par le Buddha et ses bikkhus, en Grèce par le prince Orphée qui refusait, comme les poètes védiques, le meurtre des animaux, et par les guerriers de Lacédémone, en Egypte ancienne par les prêtres. C'était il y a des millénaires.

On vint à nommer jeûne le refus d'aliments pratiqué par ces hommes et ces femmes qui, au cours des siècles, furent en quête de l'absolu, en communion avec le divin. Le jeûne était à la fois une technique permettant de parvenir à l'état de contemplation  et un moyen de tester la maîtrise du corps et le contrôle des pulsions inhérentes à ce corps par le pouvoir de l'âme.
Finalement,
en se sécularisant, le jeûne prit nom  d'anorexie ou privation de l'appétit.

 

 

 

 

Ses causes inductrices multifactorielles, leurs conséquences  

et

les circonstances déclenchantes

 

En deçà et au delà de l'importance de cette fonction symbolique à caractère religieux qui rend compte du jeûne pratiqué par les élites religieuses et séculières des temps passés, si nous n'examinons que ce qui se passe à notre époque, les causes de l'anorexie sont nombreuses.
La première d'entre elles puise ses racines dans la
représentation symbolique de nature affective que prennent les aliments en début de vie. Un, c'est la nourriture (lait) qui est le premier objet transitionnel entre le bébé et sa mère alors que cette mère est celle qui est supposée apporter chaleur, réconfort, amour, affection, enfin tout ce dont a besoin le petit. La symbiose est donc faite entre mère, enfant et nourriture. Imaginons un instant, ce qui peut se passer dans le cerveau du petit quand la figure maternelle fait défaut par son absence, son indifférence, sa nervosité, son angoisse, son lait qui ne convient pas ou un biberon, objet inerte qui ne saurait remplacer le sein si tel est le besoin du nourrisson. Ceci sera perçu comme un rejet par le tout petit enfant. A son tour, il rejettera le lait, les biberons.

Un peu plus tard, l'antagonisme à la mère, l'opposition à celle-ci est manifeste à travers le rejet de la nourriture, aliments et figure maternelle étant encore associés très fortement dans le cerveau de l'enfant. Dixit: "on fait plaisir à sa mère en mangeant; on lui montre son désarroi ou sa colère, en refusant ce qu'elle met sur la table".

Puis, au fur et à mesure que l'on grandit, aux facteurs inducteurs d'un rejet de nourriture, tels que relation à la mère perturbée, hypersensibilité psycho-physiologique, structure de la personnalité en formation, des circonstances  déclenchantes ou facilitatrices peuvent surgir pour expliquer la conduite anorectique de l'enfant: un stress, un traumatisme, des conditions de vie difficiles, une éducation particulière, des habitudes alimentaires spartiates etc... . A l'adolescence et à l'âge jeune adulte, nous connaissons fort bien l'une de ces circonstances facilitatrices de la privation de nourrriture: la norme de minceur à observer; mais, il y a bien d'autres facteurs inducteurs et facilitateurs qui viennent s'ajouter à cette norme de minceur et l'exacerbent. Nous citerons ici deux de ces facteurs: l'un concerne la structure de la personnalité caractéristique de l'anorexique qui se sclérose ainsi que ce phénomène psycho-physiologique particulier obéissant au principe de la rétroaction selon lequel "moins on mange, moins on a envie de manger".

Or, quand on en arrive à ce stade de la dénutrition qui s'accompagne d'une part, d'une vision  radicalement fausse de soi-même par rapport à l'image corporelle que renvoie le miroir et, d'autre part, de rapports à autrui, aux proches en particulier, extrêmement conflictuels donc très destructeurs car basés sur l'opposition et l'hostilité, le risque est grand de basculer dans ce que j'appelle la phase d'intériorité de l'anorexie.

 

 

Ses fonctions

 

Parmi celles-ci,  citons minceur, contrôle de soi, maîtrise des pulsions et ascèse.

 

    Effets physiologiques

du jeûne prolongé

 L'impression de se sentir au mieux de sa forme à la fois par le jeûne, la victoire sur soi-même et le sentiment d'omnipuissance par maîtrise des pulsions provoque la mise en action dans le cerveau du réseau dopaminergique de la récompense avec production des hormones du plaisir, endorphines et autres; ce qui permet d'induire sur le long terme un comportement de dépendance, dépendance au jeûne, dépendance à l'anorexie et à tout ce qui en est agréable dans ses effets psychologiques que l'on peut résumer par un dysfonctionnement mental particulier [déconnection du réel, distorsion des perceptions dont les visuelles (grosse alors que squelettique), phénomènes péri-hallucinatoires par exemple comme il en est avec les impressions de lévitation et avec les expériences mystiques]. On entre alors dans la phase que j'appelle de l'intériorité, cette phase de laquelle il est si difficile de sortir puisque phase de dépendance à la fois physiologique (le corps s'habitue à la grande frugalité) et mentale (euphorie), d'allure pré- psychotique.

Ses trois phases

 

Je distingue donc trois phases dans l'anorexie vraie de l'adolescente, de la jeune adulte: 1) la phase d'extériorité quand l'anorexique garde un contact avec la réalité, c'est-à-dire qu'elle finit par se rendre compte de la perception déformée qu'elle a de son corps, de la logique fallacieuse qu'elle utilise dans son raisonnement, du caractère immanquablement destructeur du type de relations qu'elle impose à ses parents, principalement à la mère, ou à son compagnon quand elle en a un et à son entourage de façon plus générale; 2) la phase intermédiaire, phase de transition durant laquelle l'anorexique oscille entre extériorité et intériorité, entre lucidité par rapport à ses actes, volition encore intacte et dépendance à cet état euphorisant d'omnipuissance et autres phénomènes péri-hallucinatoires induits à la fois  par la sécrétion d'hormones du plaisir tout au moins au début de la pratique du jeûne et par le manque de nutriments menant à 3) la phase d'intériorité, phase le plus souvent irréversible qui aboutit à la mort, mort sociale ou lent suicide.

Durant cette troisième phase, l'anorexique s'est installée dans l'état d'euphorie dans lequel se mêlent légèreté, omnipuissance et autres compensations psychologiques qu'elle considère comme gratifiantes et qui ne sont que le résultat des effets physiologiques combinés de la mise en action des circuits dopaminergiques à l'origine de la sensation de plaisir et de ceux de la dénutrition potentialisés par les précédents.


 Dans un premier chapitre sur l'anorexie, après un historique de cette affection et une présentation de cas-types, je propose:

                       1) une analyse des causes multifactorielles inductrices et facilitatrices avec leurs conséquences sur le psychisme et dans la vie de l'anorexique en fonction des stades de développement de la personne, du stade foetal à la fin de vie, en passant par l'enfance, la pré-adolescence, l'adolescence et l'âge adulte.

                       2) unedescription des phases dans la progression de l'anorexie, ces phases s'expliquant par

                       3) certaines caractéristiques de personnalité propres à l'anorexique, à différencier clairement de celles des boulimiques, des caractéristiques qui sont exacerbées quand on franchit la phase dite d'intériorité: d'où l'importance dans notre mise en garde de l'anorexie de tout faire pour éviter ce franchissement.

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